Mythologie et série : pierre philosophale ou malédiction ?


Le débat sur le finale de
Doctor Who et l’importance de la mythologie par rapport aux personnages (certains fans reprochaient aux personnes déçues de ne pas avoir compris que la mythologie n’était pas l’essentiel) et à l’émotion m’a donné envie de parler de cet élément présent dans les séries et dont on parle tant ! (illustration originale de Paul Binocle).

Mais d’abord, qu’est-ce que la mythologie exactement ?

Sullivan Le Postec a écrit 3 articles passionnants sur les séries à mythologie(qui ont certainement influencé ma vision de la mythologie) !
Pour certains, la mythologie se résume aux éléments feuilletonnants d’une série. Je ne suis évidemment pas d’accord : à ce niveau là, le moindre soap a une mythologie, ou même une série comme
Gilmore Girls! En effet, il y a toujours un minimum d’éléments feuilletonnants dans une série aujourd’hui, ne serait-ce que l’évolution des personnages et de leurs relations !
Pour moi, on est dans la caractérisation et le shipperisme !
La mythologie n’est pas non plus l’équivalent d’un fil rouge : un ennemi récurrent ou un serial killer n’ont pas la dimension épique d’une vraie mythologie et les séries comme
Castle ou White Collar ont des fils rouges plus ou moins bien gérés, mais ne sont pas des séries mythologiques à mes yeux !

Une série mythologique doit avoir des enjeux universels, des mystères centraux qui peuvent bouleverser l’univers, donc, pour moi, une série mythologique est forcément une série de genre (SF, fantasy ou fantastique), à une exception près : les séries conspirationnistes à grande échelle (je pense notamment aux séries anglaises, comme State of Play ou The State Within) ou les enjeux sont internationaux. Pour moi, une série comme Chuck est à la frontière du genre avec ses grands méchants qui se révèlent de plus en plus puissants et reliés au fur et à mesure de la série !


Quel est l’intérêt des séries mythologiques pour les producteurs ?

L’aspect mythologique permet d’amener des fans passionnés par les mystères de la série et impliqués dans l’élaboration de théories, prêts à revoir les épisodes plusieurs fois pour apercevoir LE petit détail qui pourrait expliquer telle ou telle chose. Ils sont fidèles et peuvent crééer un buzz autour de la série, augmentant ainsi sa visibilité et son audience.
Certaines théories de fans peuvent même être adoptées par les scénaristes pour un point qui n’a pas clairement été explicité, ce qui leur évite de le laisser non-résolu.
De plus, une mythologie réussie peut donner davantage de crédibilité auprès des médias qui parleront plus volontiers d’un mystère intrigant que de la 150ème série policière épisodique avec un héros « original » !
On peut ainsi faire facilement monter les attentes pour les épisodes finaux, ceux qui promettent la résolution d’une partie de la mythologie.

Quels problèmes peuvent être engendrés par la mythologie ?

Mais avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités, autrement dit, quand on suscite de grandes attentes, mieux vaut être sûr d’avoir des réponses à la hauteur ! C’est là ou de nombreuses séries mythologiques pêchent : les questions posées étaient passionnantes mais les réponses étaient inexistantes (Lost) ou décevantes , données trop tard…
Bref, quand on accumule les mystères, mieux vaut avoir une idée de comment les résoudre, sous peine de provoquer l’ire des fans de mythologie ! Eux qui ont tellement investi dans la série se sentiront le droit de la descendre en flèche si la résolution de la mythologie n’est pas satisfaisante, et une résolution vraiment mauvaise peut gâcher l’ensemble d’une série rétrospectivement.
De nombreux scénaristes ont tendance à se focaliser sur un mystère et à le développer jusqu’à une éventuelle résolution finale, mais c’est quelque chose de très risqué : en se concentrant les attentes sur un seul élément, la résolution proposée à la fin a toutes les chances de ne pas être satisfaisante aux yeux des fans qui ont passé des années à échafauder des théories souvent plus tordues et cohérentes que la solution proposée !
Ces fans ont aussi un certain sentiment d’appartenance vis-à-vis de la série, de la mythologie et de la manière dont elle devrait être résolue : il ne faut pas une résolution trop facile avec deus ex machina à la clé, c’est mieux si elle est surprenante tout en restant logique et que les fans aient eu une chance de la voir venir, il ne faut pas attendre trop longtemps mais trouver d’autres éléments à exploiter après cette résolution…il faut avouer que c’est un exercice difficile !
Ces problèmes peuvent être comparés à celui que pose la gestion du shipperisme : cela attire de nombreux fans et les implique émotionnellement, mais ils veulent une résolution de l’UST spectaculaire, une UST qui ne dure pas trop longtemps non plus…et de nombreux scénaristes ont du mal à écrire les personnages en couple d’une manière intéressante ! Quand la série est basée presque exclusivement là-dessus (
Bones, Castle), ils délayent ad nauseam jusqu’à lasser les shippers les plus hardcore !



Comment écrire une série mythologique ?

Commençons par la méthode qui donne les meilleurs résultats selon moi : la planification totale des arcs mythologiques, du début à la fin de la série. Bien sûr, il faut aussi avoir des scénaristes capables de s’adapter aux changements de circonstances imprévus (acteurs qui s’en vont, moins de saisons que prévu..) tout en gardant globalement le cap, ce n’est pas l’écriture d’un livre ! Bien sûr si la série est annulée sans préavis au milieu, c’est d’autant plus frustrant pour son créateur !
Le meilleur exemple de l’intérêt de cette technique, c’est Babylon 5 qui reste pour moi LA série mythologique ! La mythologie apporte une grosse valeur ajoutée à la série avec ses thèmes universels et son puzzle : quand on revoit la saison 1 en sachant tout ce qu’il se passe après, on l’apprécie davantage ! Babylon 5 est la seule vraie saga télévisuelle à mes yeux !

Il y a une autre technique, sans doute la moins pire si on n’est pas un bourreau de travail et pour s’adapter au système de saisons des chaînes : avoir une idée générale de la destination finale et prévoir la structure mythologique par saison. C’est mon style d’écriture pour mes campagnes de JDR, il laisse plus de liberté pour rajouter des éléments ou s’adapter au départ d’un acteur !
C’est le choix adopté par de nombreuses séries américaines et anglaises.
L’exemple américain le plus réussi de cette méthode est celui de Farscape : tout ne s’emboîte pas aussi bien que dans B5, mais cela reste logique et cohérent et les personnages hauts en couleur et l’ambiance délirante font le reste !
De l’autre côté de l’Atlantique, il y a l’excellent diptyque
Life on Mars/Ashes to Ashes. Chaque série a un magnifique finale et celui d’Ashes to Ashes est un beau tour de force de toutéliage ! Les 4,5 premières saisons de DW fonctionnent aussi plus ou moins selon ce schéma-là, même si le but final a été fixé assez tard. On y suit surtout le voyage de Ten et on apprend enfin ce qu’il s’est passé à la fin de la Guerre du Temps.
Mais le fait de fonctionner avant tout par saison plus ou moins fermée apporte son propre lot de problème : schéma répétitif (grands méchants et risque de fin du monde/de l’univers à la fin de la saison, et souvent résolution en 1 épisode au début de la saison suivante comme
Stargate SG1 qui a en plus une mythologie bateau), rythme mal géré (épisodes de remplissages peu intéressants en attendant les épisodes mythologiques (2ème partie de la saison 3 de Fringe), mini-fin plus ou moins réussies au cas où la série est annulée et difficulté à repartir ensuite…

Et puis, il y a ceux qui font de la mythologie à la manière d’un gamin de 5 ans : si ça a l’air cool, on le met dedans, on verra plus tard comment c’est relié au reste et au diable la logique ! On a bien sûr un superbe exemple avec Lost, et j’ai cru comprendre que BSG était dans le même cas ! Alias est aussi dans ce cas, avec de grosses incohérences, par exemple entre la fin de la saison 3 et le début de la saison 4 (où le dossier mystérieux ne correspond plus du tout à la même chose) !Il y a de nombreux scénaristes dans ce cas, qui voient la mythologie comme un simple moyen de gagner une respectabilité à peu de frais, sans savoir vraiment comment la gérer !

Bien sûr, c’est une catégorisation grossière, de nombreux showrunners mixent ces techniques (et leurs problèmes) : X-Files a eu une mythologie créée petit à petit. Carter a essayé de lui donner une certaine cohérence, mais il a dû rajouter sans cesse de nouveaux éléments pour satisfaire aux exigences de la Fox et continuer la série. Résultat : les fans en ont eu assez d’attendre des réponses qui ne venaient jamais.
Moffat est aussi dans ce cas : il a essayé de prévoir sa mythologie sur au moins 3 saisons, ce qui est à priori une excellente chose ! Mais il semble être le seul à pouvoir écrire les épisodes mythologiques, ce qui déséquilibre la saison 6 avec des bouts mythologiques qui ne s’intègrent pas bien aux loners. De plus, il a aussi tendance à écrire comme un enfant : il veut mettre un maximum d’éléments « cools » dans ses épisodes, du coup il a tendance à survoler des tas d’éléments intéressants qui auraient mérités d’être vraiment exploités sur plusieurs épisodes : les Silence, la Terre figée, le mariage, Mme Kovarian, la perte de Melody pour Amy et Rory, l’origine du Tesselecta…
De plus, il a fait l’erreur d’insister tout au long de la saison sur une interrogation mythologique, en laissant entendre aux téléspectateurs que la résolution allait être complexe et passionnante…pour le résoudre en 2 minutes, d’une manière bateau et en mentant aux téléspectateurs (sur le fait qu’il ne s’agisse pas d’un double) ! J’étais à fond dans la mythologie que Moffat disait construire et donc exigeante. Les défauts de Moffat révélés tout au long de la saison ainsi que la résolution manquée de la saison 6 m’ont donc d’autant plus déçue que j’attendais davantage de Moffat au niveau mythologique et cohérence scénaristique que de Davies qui construisait ses arcs par saison !

Conclusion :

J’adore les séries mythologiques, d’ailleurs, la plupart de mes séries préférées rentrent dans le genre ! Malgré tout, la mythologie est donc une arme à double tranchant pour les scénaristes : bien utilisée, elle peut donner une série inoubliable voire légendaire, dotée d’une véritable mythologie moderne au sens premier du terme. Utilisée comme un simple gimmick, voire foulée aux pieds et la série sera conspuée et oubliée plus vite. Je compte les séries mythologiques réussies sur les doigts d’une main : B5, Farscape, LOM/ATA et peut-être DW sous l’ère Davie (avec une mythologie surtout par saison) ou Fringe (si on a une résolution correcte). J’apprécie de plus en plus les mini-séries qui ont une mythologie construite dès le départ (State of Play, The State Within, Lost Room, Daubreak Jekyll…) ! En résumé, il faudrait un écriteau pour tous les apprentis-sorciers/scénaristes : « Mythologie : handle with care ! » !

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4 Réponses

  1. hummm *se gratte la tête* y’a des trucs où je te rejoint, d’autres moins. Pour moi la mythologie d’une série c’est surtout l’univers, c’est ce qui la distingue : ça peut être les peuples/cultures rencontrés mais aussi un objet (comme le Tardis ou la Porte des Etoiles, ou même le stylo sonique dont j’ai oublié le nom exact) ou des expressions, un langage… le background en somme.

    B5 j’ai été finalement déçue par rapport au fait qu’on m’avait dit qu’elle avait été prévue d’avance tout ça. Et puis je trouve qu’elle a pas de vrai fin, un peu comme si c’était le premier tome d’une saga.

    SG1 c’est vrai qu’ils ont été vite piégés par la répétition du méchant-qui-meurt-jamais, mais globalement j’ai vraiment accroché à la mythologie et les multiples rebondissements du fil rouge (même si y’a certains accroc recousus de manière grossière, mais ça, toutes les séries y ont droit).

    Au niveau narration Stargate Universe est très particulier par exemple, et au final j’ai trouvé l’ensemble exceptionnellement cohérent.

    UST c’est quoi ?

    Sinon j’avais bien aimé Life on Mars, Ashes to A ça vaut le coup alors ? Je craignais un truc trop répétitif.

    voilà au plaisir de te lire 😉

  2. J’aime débattre avec des gens aux points de vue différents ! 🙂
    L’univerts est très important pour moi aussi, mais pour moi, il faut une bonne histoire suivie derrière pour vraiment l’exploiter !

    Je trouve que la grande histoire est bouclée dans B5, non ? ON connait le destin des différents protagonistes, la conclusion de la guerre contre les Ombres et de la guerre civile, la descente aux enfers des Centauris et la lueur d’espoir de la fin…il n’y a que la guerre psy qui est zappée !

    J’ai adoré SG1 au début, ça a été la première série de pure SF à laquelle j’ai accroché ! Mais le schéma répétitf des saisons a fini par me lasser, le peu d’évolution des personnages aussi (par exemple la romance Sam/Jack) et l’arc avec les Ori ne m’a pas emballée…
    J’avais accroché à Atlantis, mais ils ont supprimé un de mes perso préférés (Elizabeth Weir) ! Quant à Universe, l’aspect sombre m’a pesé (comme dans BSG) !

    UST : Unresolved Sexual Tension !

    La saison 1 de Ashes to Ashes se cherche un peu, mais les personnages sont toujours très bons et la mythologie et le final valent le coup !

    A bientôt !

  3. ça fait un moment mais je me souviens être restée avec pas mal d’interrogations pour B5, entre autre leur fils et les serviteurs des ombres dont j’ai oublié le nom.

    Les Ori j’ai pas accroché non plus, c’était trop sombre, trop… réaliste dans un sens. Ces demi-dieux m’ont foutus la chair de poule ! Et puis cameron était vraiment trop un jack-like, ça m’a gavé.

    A to A je notes alors 😉

  4. […] les choses plus en profondeur : genre (space-opera, fictions historiques) ou médium (séries, […]

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