La French touch dans les JDR…

Je pratique le jeu de rôle depuis plus de 14 ans et ça fait maintenant plusieurs années que j’achète principalement des JDR français (à l’exception des licences : Doctor Who; Babylon 5, Jeremiah…). Tout d’abord, parce que ça évite les traductions douteuses (faute de temps, moyens…), mais surtout parce que le JDR est un des domaines artistico-artisanal où je nous trouve bons ! Dans cet article je vais essayer de recenser les particularités des JDR francophones que j’ai pu observer.

Tout d’abord, il faut savoir que le marché rôliste français est très modeste, voire minuscule par rapport aux pays anglo-saxons. En effet, il n’y a pas beaucoup de rôlistes dans la population française (comparé au marché anglo-saxon qui peut compter sur les USA, le Royaume-Uni et une grande partie des pays du Common Wealth), et même parmi les rôlistes, seule une petite partie d’entre eux sont des acheteurs réguliers (les MJ et/ou les fans d’un jeu ou d’un univers).
De ce fait, la production est presque exclusivement artisanale (il n’y a quasiment personne qui peut vivre uniquement du JDR) et il y a beaucoup de JDR amateurs.

Le JDR est donc avant tout une affaire de passion et les auteurs ont souvent du mal à rentrer dans leurs frais. Ces derniers temps, le système de la rançon s’est popularisé pour faciliter  la publication d’un jeu. Un auteur présente un pitch et demande une certaine somme d’argent pour sortir le jeu complet. Ceux qui accepte de payer reçoivent un exemplaire dédicacé, parfois une version de luxe. S’il n’y a pas assez de donateurs, le jeu ne sort pas.
Les jeux disponibles uniquement  en pdf se font aussi plus fréquents avec la multiplication des tablettes et des liseuses, évitant les frais d’impression, de stockage…

 

Univers

Au niveau du contenu, on peut noter quelques grandes tendances. Il y a beaucoup d’univers originaux dans des genres très différents (le médiéval-fantastique ou « med-fan » pour les intimes, est loin de dominer contrairement aux jeux anglophones). Il y a peu de franchises en France, sans doute aussi parce qu’il y a bien moins d’œuvres françaises connues susceptibles de plaire aux geeks ; la SFFF est absente de l’audiovisuel français et il n’y a pas d’œuvre assez fédératrice en littérature. La seule exception est la BD avec une adaptation récente de La Brigade Chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin !

L’exotisme fonctionne particulièrement bien : Capharnaüm (Arabie), Devastra (Inde), Quin (Antiquité chinoise) Kuro (Japon futuriste)…
D’autres univers sont plus étranges : Polaris (fonds sous-marins colonisés), Exil (mélange de Steampunk, Brazil et Cthulhu), Rétrofutur (jeu sur la Résistance dans un univers uchronique à la Philip K. Dick)…
Les fictions étrangères inspirent aussi beaucoup nos auteurs : Humanydyne (comics), Manga BoyZ (mangas), COPS (séries policières US et anticipation)…

Mais notre histoire n’est pas oubliée ! Du très sérieux Te Deum pour un massacre (guerres de religion), au mystique Trinités en passant par le quasi-historique Etherne, les joueurs peuvent revivre tous les tourments des siècles passés !
Et pour ceux qui veulent plus de liberté et de sense of wonder, il y a les jeux uchroniques : Aventure dans le Monde Intérieur (steampunk), Billet Rouge (politique, horreur) ou Terra Incognita (Renaissance, littérature fantastique)…

Outre ces univers très variés, on peut remarquer un goût certain pour les jeux tournant autour d’enquêtes et de jeux de pouvoirs, surtout quand ils se passent de nos jours : COPS, B.I.A, 2012 Extinction, Exil…

N’oublions pas les jeux humoristiques ! Les jeux parodiques sont nombreux : Brain Soda (films d’horreur), Final Frontier (space-opera de l’âge d’or), Cats (Vampires), Nains et Jardins (écologie)…Les rôlistes ont de quoi décompresser !

Enfin, les éditeurs français n’hésitent pas à racheter un jeu et à en enrichir le contenu ou changer le système, que ce soit pour des grands classiques (Cthulhu) ou des jeux moins connus (Mantels d’acier), DK System (basé sur le D20)…

 

 

Format et règles

Ces dernières années, il y a de plus en plus de livres « petits formats » et de JDR « clés en main » ou « Burst » (un jeu-campagne). Les gros pavés de 300 pages en papier glacé et en couleurs se font de plus en plus rares. Pour quelles raisons ? J’ai plusieurs hypothèses. Tout d’abord le coût : un livre épais est plus cher à produire et donc plus cher à l’achat. En ces temps de crises, des livres aux prix plus modestes (quitte à en faire plusieurs) ont davantage de chances de se vendre. Ensuite pour des questions de temps : la population rôliste (en tout cas celle qui achète) a vieilli et a moins de temps libre. Elle veut donc pouvoir jouer rapidement, sans passer des heures à lire et créer de longues campagnes ex nihilo…
Et puis, avec la richesse de la production française, les « Burst » permettent de s’immerger dans un univers et une campagne riche sans y passer des années, laissant du temps pour découvrir d’autres univers…

La plupart des auteurs français doivent être comme moi et ne pas aimer les systèmes de règles complexes : la plupart des jeux que je connais ont des règles assez simples (mis à part Polaris !). Par contre, il y a peu de systèmes universels, la plupart des jeux créent leur propre système pour mieux l’adapter à leur univers. Même les 2 gros systèmes universels (DK System et le système des XII Singes pour la collection Intégrales) actuels ont des variations suivant les univers.

Les auteurs français aiment aussi se lancer dans des systèmes assez originaux voire expérimentaux : du système d’Humanydyne (on lance le nombre de dés qu’on veut) à celui de Billet Rouge (2 versions du personnage suivant les penchants qui dominent) en passant par celui de Teocali (la place dans la société est primordiale) en passant par le partage de la narration dans Wushu, les rôlistes peuvent s’essayer facilement à différentes manières de jouer tout en restant dans la langue de Molière !

 

Observations générales

Si les éditeurs peuvent publier ce qui leur plaît, plusieurs d’entre eux ont quand même une ligne de publication générale. Par exemple,  La Bibliothèque Interdite publie surtout des jeux à licence (traduits), le 7ème Cercle  des livres de base longs ainsi que des  suppléments, pour des jeux avec un univers riche et développé, tandis que  John Doe et Les 12 Singes sortent principalement des jeux « Burst » et des  systèmes-maison…
Le milieu amateur et associatif  est assez dynamique  : beaucoup de conventions sont organisées, il y a de nombreux jeux amateurs créés(souvent testés lors de ces conventions  pour la première fois!)… De même, la presse rôliste ne disparaît jamais totalement et expérimente de nouveaux formats (dernièrement les mooks avec Casus Belli et Di6dent : croisement entre magazine et livre), les vieux JDR sont parfois repris et modernisés (Bloodlust, Brain Soda…). Bref, « le JDR est mort, vive le JDR ! »

 

 

Conclusion :

Si le JDR français n’est pas une grosse industrie et ne rapporte pas énormément d’argent, la passion enthousiaste de ses acteurs permet une production riche et variée qui devrait plaire à la majorité des rôlistes !

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8 Réponses

  1. Mmmm qu’est devnu les JDR de ma jeunesse ???
    Les bons vieux ADD, Heaven & HEll , EarthDawn et autres Cyberpunk ou Shadowrun (snifff) …
    Bref, qu’on me rende mes battlemechs ! 🙂
    NicK.

  2. NicK : bah justement, je trouve qu’on a une production bien plus riche que dans les années 80/90, il y en a pour tous les goûts (et les systèmes sont moins simulationistes !
    C’est juste la nostalgie qui te fait dire ça ! 😉

  3. « les systèmes sont moins simulationistes ! »
    Oui mais Ambre, hein, tu as pensé à celui-là ? Pas de dés, que du roleplay. 😉
    Je retourne réparer mon mech, na ! 😀
    NicK.

  4. En fait, je ne crois pas que la production ancienne était plus pauvre…ou les systèmes plus ou moins simulationistes. C’est juste qu’on ne s’en souvient plus ;). Ou plutôt, qu’on ne se souvient que des ténors qui ont fait des gros tirages.
    Parmi les jeux français plus anciens, as-tu eu l’occasion de tester les merveilleux Maléfice (ambiance « surnaturel XIXe », souvent basé sur les contes et légendes de notre beau pays), et Rêve de Dragon (jeu de rôle médiéval onirique créé par Denis Gerfaud) ? Je pense que Maléfice a été réédité, par contre, c’est moins sûr pour RdD – mais je connais un meneur RdD qui serait sans doute prêt à se laisser soudoyer…
    Si tu as l’occasion, n’hésite pas. Ce n’est pas d’hier que la France fait de bons jeux ! 🙂

  5. « Rêve de Dragon »
    Testé et pas approuvé. Sympa, mais il faut un bon meneur pour apporter une ambiance et des joueurs réceptifs.

    J’ai toujours préféré Dragon Quest (personnalisé), Ambre (qu’un MJ a transformé en Dune Diceless, jeu non-officiel), Heaven & Hell (merci Croc), MechWarrior (à notre sauce) et autre Robotech/Appleseed/cyberpunk_manga_robotisé. J’en oublie tellement car on a tout personnalisé pour coller à ce que l’on voulait. :p

  6. milathea : j’avoue que j’ai commencé le JDR en 1998, donc je connais moins bien la production des années 80/90…
    Je n’ai jamais testé Maléfice, par contre j’ai joué à Rêve de Dragon et il me semble que le système était assez compliqué ! Il faut dire aussi qu’on avait un MJ assez spécial, ça n’a pas dû aider…C’est toi qui masterise RdD ? Parce que ça pourrait être sympa de réessayer, en effet !
    Mais je sais que la France a toujours été assez active en JDR, depuis Empire Galactique à aujourd’hui !

    • C’est clair qu’il y a eu un gros trou vers la fin des années 90 qui a fait disparaître à la trappe toute une culture – et sa transmission aussi…
      Pour le meneur, c’est un ami à moi. Il est assez… meurtrier, mais RdD le permet ^^… Mon mari aussi peut le mener. Ça me fait aussi penser que le GN que j’ai fait le WE dernier était très fortement influencé par RdD ! ^^
      Il faut dire que les meneurs de ma sphère prennent sur eux beaucoup de jets et épargnent ainsi pas mal de calculs aux joueurs. Et puis il ne faut pas pousser. RdD, ce n’est pas Rolemaster, hein ! ^^
      Sinon, j’ai Maléfices qui traîne dans un coin et si je mets la main dessus, j’aimerai bien me lancer. 🙂 C’est un excellent jeu et je suis certaine de pouvoir l’adapter aisément à l’univers de Sublimation…

  7. NicK : encore une fois, on a pas forcément les mêmes goûts, je ne suis pas très mecha ! 🙂 Par contre, Dune ou Ambre me tenteraient plus…

    milathea : je n’en ai que de vagues souvenirs, j’ai testé ça il y a 11/12 ans, au début de ma vie ro^liste, ça a sans doute joué aussi sur mes perceptions ! Après, je n’ai jamais joué à Rolemaster ! 😉

    Je suis tout à fait partante pour jouer à Maléfices si tu fait une
    partie ! 🙂

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