Recette d’une bonne partie de JDR

Ça fait plus de 14 ans et demi que je fais régulièrement du JDR, en club et avec des amis. Depuis le temps, j’ai eu le temps de faire tous les types de parties, comme joueuse et comme MJ : scénarios courts, campagnes épiques, baston/enquête/exploration… Cependant, quel que soit le type de scénario et de jeu choisi, il y a quelques constantes pour passer un bon moment ensemble et éviter que la partie ressemble à l’illustration ci-dessus ! Bien sûr ce post est subjectif et dépend de mes observations empiriques ! Attention, article-fleuve !

Le contrat social : hors du jeu il faut que chacun fasse un minimum d’efforts pour arriver à peu près à l’heure, avoir ses affaires (personnages, dés…)…
Dans le jeu, c’est essentiel : il ne faut jamais oublier le but du JDR : tout le monde doit s’amuser ! Le MJ doit donc s’adapter un minimum à ce que désirent ses joueurs et ne pas être trop dirigiste, les joueurs doivent faire un effort pour aller dans la direction du MJ pour le scénario…De même, chaque joueur doit essayer de laisser ses camarades roleplayer sans les interrompre pour intervenir ou faire une blague, cassant ainsi le moment ! C’est d’autant plus vrai qu’il y a souvent des gens plus extravertis que d’autres (des « grandes gueules ») qui peuvent avoir tendance à trop en faire tandis que les autres joueurs s’ennuient…

 

Nombre de joueurs raisonnable : c’est un élément très important pour une partie réussie ! S’il n’y a pas assez de joueurs, le scénario patine, s’il y en a trop, les combats s’éternisent, des joueurs se déconcentrent quand ils ne sont pas au centre de l’action et le roleplay devient très difficile à mettre en œuvre ! Pour moi, le nombre idéal se situe à 4 joueurs : assez pour qu’ils puissent rebondir entre eux, assumer des combats dangereux tout en ayant chacun leur moment de gloire. 3 et 5, ça peut encore aller et 6 à la limite si les joueurs sont expérimentés et impliqués. Au-delà de 6, la partie devient souvent bruyante et pénible pour tout le monde ! A 1 ou 2 joueurs, cela demande beaucoup plus de travail et de concentration au MJ qui n’a plus le temps pour souffler ! Les parties (courtes) à un joueur sont idéales pour l’introduction dans une campagne ou si le MJ veut une campagne autour d’un héros (ou d’un duo dans le cas de 2 joueurs), mais ce n’est pas l’optique traditionnelle des JDR !

 

Une bonne idée de scénario : synopsis ou campagne, un MJ expérimenté pourra toujours broder et s’adapter, mais il faut au moins une idée de départ pour lancer les PJs ! Elle peut être trouvée en 5 minutes en piquant l’histoire d’un livre ou d’une série inconnue des joueurs, cela m’est souvent arrivé et j’ai souvent fait de très bonnes parties malgré tout !

Faire la part des choses entre les choses subies par les PJ dans le jeu et le hors-jeu : éviter les revanches une semaine après dans un autre jeu ou les disputes entre joueurs…sous peine d’introduire une mauvaise ambiance à la table. Bien sûr, si le point mentionné ci-dessous est respecté, c’est beaucoup plus facile…

 

Bon équilibre du MJ pour les challenges et les difficultés des PJs : les PJs veulent généralement des adversaires et des misères à surmonter, ils font parfois même un background exprès pour ça ! Il y a évidemment des exceptions avec certains grosbills, mais pour être un héros, il faut avoir des problèmes ! Par contre, un MJ doit savoir respecter le concept de base du personnage et l’attachement de joueur à ce qui fait l’intérêt du personnage !
Par exemple, je me suis sentie frustrée sur le moment quand mon pilote a perdu le pouce de la main directrice et donc en dextérité (bon, entre-temps, il a repoussé, c’est une longue histoire), alors qu’être envoyé en mission-suicide sur une planète colonisée par des parasites alien ne m’a absolument pas dérangé, c’était dans l’optique de nos PJ aventuriers dans l’âme !) ! Par contre, j’avais créé un perso avec un daimon fixe (une marte), qui venait de l’univers de Lyra (A la croisée des mondes). Lors de la campagne, le MJ m’a permis d’avoir 5 formes différentes pour le daimon : j’ai choisi des animaux allant du papillon (espionnage), à hippogriffe (vol) et au dragon (combat). C’était bourrin mais pas forcément plus que les démons du démoniste ou les canons lasers intégrés au bras ! Bref, le MJ a trouvé cela trop polyvalent et m’a supprimé le daimon (il est enfermé dans une pierre), faisant ainsi perdre tout le sel et l’originalité du personnage…alors que je me serais très bien contentée de ma marte du début !

 

 

 

Bonus et aides à une bonne partie :

Ambiance : ces accessoires aident à mettre en place une atmosphère et les PJ se sentiront ainsi davantage immergés dans l’univers ! Bien gérée,  la musique peut beaucoup aider (ambiance pesante, épique…), on peut aussi jouer sur la lumière pour les scénarios d’horreur, les figurines peuvent rendre un combat (ou l’ exploration d’un donjon/labyrinthe/complexe…) beaucoup plus clair, la carte (du monde, de la ville) peut se révéler utile pour visualiser les pays, les lieux…Enfin, les aides de jeu diverses et variées peuvent ajouter un plus au scénario : message rédigé sur un « parchemin » (feuille vieillie au thé), faux article parlant d’événement du scénario et donnant des indices…

Nourriture et boisson : la nourriture aide à créer des liens conviviaux et offre des pauses bienvenues si les PJ galèrent ou que le MJ fatigue ! Cela permet aussi de parler d’autres JDR, des derniers livres/mangas lus ou séries vues sans interrompre le flot du scénario (en théorie, en vrai, les références et interruptions geek sont régulières et peuvent être sympa si elles ne s’éternisent pas). Et puis, déguster des repas-maison, des gâteaux, cocktails et autres sucreries fait plaisir au rôliste, généralement gourmand de nature !

 

Et vous, quels sont vos trucs pour réussir vos scénarios ? Êtes-vous d’accord avec tout ce que je viens d’essayer d’énoncer ?

 

C’est bien beau tous ces trucs, mais est-ce que j’arrive à tous les appliquer, à tous mes scénarios ? Évidemment non, personne n’est parfait et j’ai des points forts et des points faibles des deux côtés de l’écran de jeu ! J’ai essayé de faire une auto-analyse aussi objective que possible, mais si mes rôlistes habituels passent par là, n’hésitez pas à me dire si j’ai oublié quelque chose (surtout si c’est positif, bien sûr ! 😉 ) !

 

Points forts MJ :

 

– Créativité et facilité d’improvisation : quand on dévore autant d’œuvres de fiction que moi, on n’a jamais de mal à  trouver des idées de scénarios, c’est même plutôt l’inverse : il faut faire un choix parmi tous ces concepts alléchants !  De même, je me suis toujours racontée des histoires et je n’ai pas de mal à changer de direction au cours d’un scénario et inventer au fur et à mesure : je l’ai fait avant même de connaître le JDR !

– Travail sur le background et la vie personnelle des PJs : étant donné que c’est un des aspects du JDR qui me plaît le plus en tant que joueuse,  j’essaie de le mettre en valeur comme MJ ! Pour chacune de mes campagnes, j’exige un background (ou historique) pour chaque PJ et j’essaie de les mettre en avant tour à tour (et de les intégrer à l’intrigue de la campagne quand cela est possible). De même, étant shipper et aimant les personnages torturés et autres dilemmes moraux, j’aime donner aux PJ la possibilité d’avoir une vie personnelle (romance, amitié, enfants…) pour donner de la légèreté (humour, disputes, flirts…) et de la gravité (dangers, doutes…) à la campagne

Scénarios expérimentaux : ça fait 14 ans que je fais du JDR et mes joueurs ont eux aussi beaucoup de bouteille ! Tout le monde connaît les classiques du JDR : exploration, baston, enquête, lutte politique; sauvetages du monde… C’est pourquoi j’aime bien surprendre mes joueurs de temps en temps ! Ces idées sont souvent basées sur des œuvres qui me plaisent énormément me qui n’apparaissent pas forcément comme du matériel exploitable de prime abord : Pride and Prejudice (des aventuriers endurcis ont voyagé dans le temps se sont retrouvés dans la peau de jeunes filles avec un père gentilshomme et devaient se débrouiller pour que 2 personnes finissent ensemble sous peine que l’un d’eux disparaisset !) , Thursday Next de Jasper Ffforde (crossovers et méta-jeu avec un PNJ qui était conscient de la nature de l’univers et qui s’est adressé directement aux joueurs !), audio-épisode original de Doctor Who (les PJ  ont eu leurs souvenirs et conscience copiés et jouent ces copies dans d’autres corps que les leurs mais ne sont pas conscients de ce fait, ne pouvant pas voir leurs personnages !) …

Style « semi bac-à-sable » : j’essaie de faire scénarios pas trop dirigistes et je n’hésite pas à adopter l’idée d’un joueur si elle me paraît meilleure que la mienne, et je tente d’avoir une mythologie/des fils rouges intéressants dans mes campagnes. L’entourage de mes PJ  dépend entièrement de leurs actions et de leurs choix, c’est la partie « bac à sable » (style de jeu sans intrigue pré-définie où les PJs ont un univers et décident eux-mêmes de ce qu’ils veulent faire) !

Aspects sociaux et enquête travaillés : c’est logique, c’est ce que je préfère dans un scénar’ ! J’ai souvent quelques PJ typés, si j’ai le temps je choisis des photos pour aider mes joueurs à les visualiser et je tente de leur donner un aspect roleplay original : voix, manière de parler, tentative de roleplay des émotions… Mes enquêtes ne sont pas très difficiles, mais il y a souvent un petit élément discret qui s’insère dans le fil rouge de la campagne (à la manière du fil rouge de Doctor Who) et dont les PJ comprennent peu à peu l’importance et comment il s’emboîte dans le schéma général…Il y a également souvent des coups de théâtre et révélations quand la fin d’une campagne approche !

 

 

Points faibles MJ :

Tendance au zapping : mes nouveaux coups de cœur pour des livres séries, JDR…qui me donnent régulièrement envie de commencer de nouvelles campagnes ! J’ai donc une certaine difficulté à finir mes campagnes en cours, d’autant plus que je suis aussi une acheteuse assez compulsive de nouveaux JDR (particulièrement de la production francophone) !

  Maîtrise souvent un peu approximative des aspects les plus techniques du système : principalement les combats et le grosbillisme (forcément, j’ai toujours détesté les maths !) ! Du coup, j’accepte certains PJ un peu trop « optimisés » (c’est le terme politiquement correct pour grosbill !) par rapport aux autres parce que je ne réalise pas tout de suite leur puissance ! Au moment des combats, je dois souvent chercher des règles, ce qui ralentit le combat et le rend moins épique !

–  Paresse  : je fais souvent mes scénarios dans l’urgence, en partie par fainéantise, en partie parce qu’il y a toujours autre chose à faire (livres, séries…) ! J’ai le scénario dans la tête (j’ai souvent mes idées, concepts, synopsis avant de m’endormir) mais pour coucher tout ça sur papier, ça prend du temps (c’est d’ailleurs un peu pareil avec mes articles de blog : j’ai des tas d’idées au moment du coucher mais c’est beaucoup plus dur de les écrire le lendemain !). De ce fait, j’ai donc peu de temps pour travailler les détails de l’ambiance (musique, figurines…) !

Tendance aux private jokes et références à outrance : je suis quelqu’un de passionnée et je vais avoir tendance à saouler mon entourage avec mes dernières lubies ! Logiquement,  si je m’inspire d’une de mes œuvres préférées, la tentation est grande de faire des tas d’allusions plus ou moins subtiles à l’œuvre originale, ce qui peut être agaçant pour les PJ qui ne la connaissent pas !

Magnanimité avec les PJ : la plupart du temps, j’aime bien les personnages créés par mes joueurs et je n’ai pas envie de les voir mourir. C’est sans doute en partie pour cette raison  que j’ai du mal à rendre les combats vraiment dangereux pour eux et que je leur fais rarement des misères permanentes (en général, les PJ de mes campagnes font une ascension sociale assez rapide)  !

 

 

Points forts PJ :

– Sérieux : je reste généralement assez concentrée sur le scénario et j’essaie d’avancer dans la direction logique, je fais rarement des crasses à un autre PJ (sauf s’il m’en a fait une autre avant)…

– Peu encline au bourrinisme et grosbillisme : je vous l’ai déjà dit, les combats ne m’intéressent pas beaucoup et je ne recherche pas forcément la puissance pour mon personnage ! D’ailleurs, je préfère les plans privilégiant la discrétion, la subtilité et la tromperie pour s’infiltrer quelque part qu’à la simple baston !

– Backgrounds fouillés pour les campagnes  : j’aime écrire et quand je suis cadrée par un univers et/ou un style de jeu, je n’ai aucun mal à inventer une histoire pour mon personnage ! Quand je suis particulièrement inspirée, je peux écrire des textes de la taille d’une petite nouvelle qui tendent des perches au MJ pour faire des misères à mon personnage (c’est aux obstacles qu’on reconnaît les héros, n’est-ce pas ?) !

Tentatives de roleplay : si je suis quelqu’un de plutôt introvertie à la base, le JDR m’a bien aidée et j’apprécie d’avoir des occasions de jouer pleinement mon personnage(encore plus quand cela concerne son background), même si ce n’est pas toujours évident avec les joueurs plus charismatiques que moi à la table…

 

 

Points faibles PJ :

– Difficulté à interpréter des rôles trop différents de moi :  j’ai énormément de mal à jouer un vrai méchant, c’est quelqu’un de trop éloigné de mes valeurs pour que je puisse être à l’aise ! Plus prosaïquement, je joue très rarement des hommes parce que j’ai peur de tomber dans la caricature. Longtemps, j’ai même incarné presque exclusivement des magiciennes, des érudites et autres professeurs, personnages proches de l’intellectuelle rêveuse que je suis ! Mais ça fait plusieurs années que je cherche à varier les plaisirs en jouant des guerrières, pilotes, séductrices…

– Attachement parfois trop fort au perso : non, je ne vais pas me suicider si mon personnage meurt, pas la peine d’appeler Mireille Dumas ! Mais de la même manière que dans une série ou un livre on est triste/frustré/en colère quand un de ses personnage meurt, je n’apprécie pas qu’il arrive quelque chose à un de mes PJ (surtout lors d’une longue campagne où ce PJ a été créé avec soin, a une histoire…) ! De plus, la personne responsable des malheurs du personnage est à la table (imaginez que vous ayez Joss Whedon en face après la mort d’un de vos héros favoris !), donc sur le moment, je peux avoir une réaction virulente en cas de malheur définitif (mort et handicap notamment) ! D’autant plus que j’ai un caractère légèrement susceptible et que je n’apprécie pas forcément les blagues de mes compagnons de jeu appuyant là où ça fait mal !
Bon, après coup ça passe, sauf si le MJ a véritablement été injuste  !

Impatience : principalement vis-à-vis des énigmes plus ou moins tordues des différents MJ ou des discussions sans fin sur un plan, sur le fait de se séparer ou pas…

 

 

Voilà, vous pouvez donc voir à quel point une partie de JDR peut être un exercice social et créatif délicat et fragile, dépendant de nombreux facteurs… J’ai fait pas mal de parties plutôt médiocres : ambiance délétère, trop de joueurs,scénario trop rigide…
Mais quel plaisir ineffable et incomparable quand l’alchimie prend et que tout le groupe est vraiment « dans » le scénario, pleinement immergé dans le jeu !

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2 Réponses

  1. […] En deux ans j’ai publié 427 articles (sans compter celui-ci), soit une moyenne d’un demi-article par jour ! La fréquentation régulière de mes blogs fétiche  et mon métier me pousse également à sortir parfois de mes genres livresques et télévisuels préférés (la SFFF, pour ceux qui viendraient de découvrir le blog !), notamment grâce à ma participation (plus ou moins sérieuse, hum) à plusieurs challenges à thèmes ! Si les critiques de livres et séries forment l’essentiel du contenu du blog, j’ai aussi découvert que j’appréciais parfois d’analyser les choses plus en profondeur : genre (space-opera, fictions historiques) ou médium (séries, JDR). […]

  2. Bonsoir,

    Je suis tombé sur tes articles dans la journée, à la recherche d’avis et de conseils sur le Meujeutage en général, en particulier pour les MJs qui aiment bien le jeu style Doctor Who (je suis bien tombé apparemment).
    Je trouve tout ça bien intéressant, étant encore assez débutant, j’apprends tout en lisant, et des idées me viennent en tête pour m’améliorer, et expérimenter

    Etant donné le nombre d’articles (et ma fénéantise) sur ce site, je risque de ne pas tout lire, surtout les groooos articles sur le JdR comme celui-ci, ou celui que j’ai commenté dans la journée.

    Si vous avez d’autres articles du site à me conseiller pour un MJ pseudo-débutant en quête d’amélioration, j’ai laissé mon adresse e-mail

    bonne soirée

    Jade

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