Bilan de série : Jin

J’ai donc enfin vu un drama japonais dans son ensemble ! Les séries asiatiques sont encore bien plus exotiques que les séries australiennes ou néo-zélandaises...


Synopsis :

Jin est un neurochirurgien qui évite les opérations depuis qu’il a échoué à sauver sa petite amie d’une tumeur au cerveau maligne. Un soir, il est le seul chirurgien présent et se retrouve obligé d’opérer un mystérieux patient avec une tumeur étrange. Ce dernier s’enfuit et en le poursuivant, Jin se retrouve projeté en 1862, à la fin de l’ère d’Edo…

 

 

Jin est une série historique mâtinée de fantastique (il n’y a pas vraiment d’explication scientifique au voyage dans le temps). Jin m’a un peu rappelé Code Quantum dans son schéma narratif, avec le héros qui essaye d’aider les gens de l’époque où il est et qui se pose des questions sur le fait de changer l’Histoire, les dangers des paradoxes temporels…

Au départ, j’avoue avoir du mal à accrocher à la série à cause d’une chose : le jeu des acteurs japonais, qui semble exagéré à nos yeux occidentaux. Si vous lisez des mangas ou regardez des animes, vous avez du remarquer que les personnages sont très extravertis et expriment facilement leurs émotions (colère, peur, amour, tristesse, rire…). Eh bien, c’est la même chose dans les séries live. Mais le scénario me plaisait davantage que ceux des high-school dramas que j’avais vaguement tenté de regarder par le passé, et je me suis donc accrochée, d’autant plus que la série m’avait été recommandée par Livia, avec qui j’ai quelques goûts communs en matière de séries. Après quelques épisodes, on s’habitue donc et le choc culturel s’atténue.

J’ai beaucoup aimé la représentation de l’époque. Les décors sont bien réalisés (même si on sent qu’on est à la télévision), mais les différences culturelles ne sont pas non plus oubliées : honneur des samouraïs, rôle des femmes encore plus limité, luttes de pouvoirs chez les médecins, courtisanes…la première saison explore bien cet aspect, la 2ème saison étant plus politique (on s’intéresse à la fin du Shogunat).
J’avoue avoir eu plus de mal avec la partie plus purement historique : je connais mal l’histoire du Japon et je m’y perdais dans les différentes factions, alliances, trahisons…je suivais donc plus les destinées personnelles des personnages, contrairement à des séries historiques anglaises ou américaines dont l’Histoire m’est bien plus familière (j’ai fait des études d’anglais) !

 

 

Spoilers sur les personnages

Parlons donc un peu des personnages !
Les personnages secondaires sont assez intéressants dans l’ensemble, notamment les Tachibana mère et fils.

Car si j’ai beaucoup apprécié Saki au début dans sa volonté d’exercer la médecine malgré l’opposition de sa famille et son bon sens face à un Jin souvent trop hésitant et torturé (j’ai souvent eu envie de le secouer quand il se pose des questions existentielles à longueur d’épisodes, ), mais elle a fini par me paraître trop parfaite, trop lisse. En effet, elle pense toujours aux autres, elle est toujours raisonnable, elle contrôle ses émotions…Elle est à la limite d’une Mary-Sue !! Elle ne prend pas de risque au niveau personnel, elle refuse de penser un peu à son propre bonheur, tout en cachant des faits importants aux autres (surtout à Jin) pour ne pas les inquiéter, elle est presque une esclave en se chargeant de médecine ET des tâches ménagères ! Elle est bien trop passive et résignée, elle ne montre jamais sa colère, ses frustrations… C’est sans doute en partie lié à la culture japonaise et à sa vision de la femme, mais ça a particulièrement agacé la féministe que je suis !

Keitaro est plus intéressant, coincé entre ses aspirations personnelles et ce que son rôle de samouraï exige de lui, tout comme la mère qui suit les traditions mais aime sincèrement ses enfants et saura évoluer pour ne pas les perdre !

Sakamoto est un personnage assez réussi : intelligent mais le cachant bien, prêt à accepter son destin (et sa mort) mais également ouvert aux innovations…
Nokaze est surtout importante en saison 1, mais elle est volontaire et essaye de changer les choses pour les courtisanes, elle prend en main son destin avec les armes à sa disposition, elle prend des décisions, contrairement à Saki !

Les autres personnages sont moins présents, mais ils ajoutent à la couleur locale : acteurs, pompiers, médecins de factions différentes…Ils ajoutent au décor historique !

 

Spoilers sur des points-clés de l’intrigue !!

Si j’ai globalement aimé la partie historique et les personnages développés, j’ai trouvé toute la partie fantastique sur le voyage dans le temps vraiment décevant. Il s’agit d’une boucle temporelle mêlée à la théorie sur les mondes parallèles créés par les voyages dans le temps (afin d’éviter les paradoxes), c’est assez classique, mais ça aurait pu me plaire. Cependant,  Jin réagit de manière vraiment stupide : il SAIT ce qu’il va se passer et qu’il est sans doute dans une boucle temporelle, mais il refait exactement les même actions qui mèneront à ce que son moi passé parte et à ce qu’il soit coincé dans son présent. Il n’essaye même pas de changer les choses (par exemple d’aller voler le fœtus plus tard)… !
Par ailleurs, les explications « concrètes » sur le voyage temporel arrivent de manière assez artificielle et toutes en même temps : cela aurait été mieux de les saupoudrer au fur et à mesure de la série ! Et puis, en bonne sceptique, le coup de la tumeur-fœtus possédée et le fait que ça soit les « puissances supérieures » qui semblent diriger le voyage dans le temps m’ont laissée plus que sceptique !

Et puis, toute la partie sur l’assassinat de Sakamoto, et, dans une moindre mesure, le sauvetage (ou non) de Nokaze traîne vraiment en longueur ! Le rythme de la saison 2 était particulièrement désagréable, d’autant plus que les intrigues personnelles n’avançaient pas non plus !

Je suis généralement shipper si le couple a un minimum d’alchimie, et en tant que shipper, la fin de la série m’a profondément déplu ! Passe encore que Jin revienne à son époque et y reste, mais on nous fait miroiter la possibilité d’une romance pendant DEUX saisons sans que rien de concret ne se soit jamais passé entre les protagonistes ! On en reste aux déclarations sibyllines et aux « hugs « , il n’y a même pas un baiser entre eux ! C’est pire que dans d’autres œuvres où les héros sont séparés à jamais mais APRES avoir vécu quelque chose de concret : là il ne s’est rien passé ! Ça me rappelle les romances indiennes ou un baiser sur la bouche n’est presque jamais montré, ou la relation Daniel/Vala qui n’aboutit à rien dans Stargate SG1, malgré les allusions !

D’ailleurs, c’est même pire : si à force de persévérance et de sacrifices, Jin a réussi à (légèrement) changer l’Histoire pour le mieux, PERSONNE ne se souvient de lui, pas mêmes les personnes qui lui étaient les plus proches (enfin Saki fini par se souvenir vaguement de lui, mais elle ne peut même pas se rappeler de son visage) ! Je pense qu’on touche du doigt une différence entre les valeurs japonaises et occidentales : au Japon, le plus important, c’est le bien commun, l’individu n’importe pas du tout. En Occident, les sacrifices peuvent être totalement justifiés et acceptés, mais on veut se souvenir des personnes particulières qui ont donné leurs vies, on lit le nom des soldats qui sont morts…L’individu est central, et si on meurt pour une cause, on espère au moins que  nos proches se souviennent de nous et du sacrifice fait ! Certes, le héros a retrouvé la foi et décide d’améliorer les choses à son époque, mais à nous autres téléspectateurs, ça nous fait une belle jambe, d’autant plus que la fin est ouverte avec la Miki 2.0 qui risque peut-être de mourir une nouvelle fois ! Les fins ouvertes, ça peut être génial et marquant, mais là, après tout le reste, je me suis juste sentie blasée.
Bref, en bonne geek fan de voyages dans le temps et autres paradoxes, occidentale émotionnelle et quelque peu individualiste, cette fin m’a vraiment frustrée à tous les niveaux !

 

 

Conclusion :

Jin a été une expérience enrichissante et exotique. J’ai beaucoup aimé la reconstitution historique, la majorité des personnages…Toutefois, si intellectuellement j’ai apprécié de découvrir des valeurs japonaises différentes de nôtres, émotionnellement, cela m’a empêché d’adhérer à la série, particulièrement à la saison 2 et à sa fin, à l’image de certains classiques de la littérature (surtout française) ! Mais je compte bien voir d’autres séries japonaises pour voir si ces valeurs sont universellement acceptées, de mieux les comprendre, d’observer les nuances du jeu des acteurs, différentes du naturalisme occidental… t tout simplement pour l’exotisme télévisuel et le challenge !

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3 Réponses

  1. Soulagée que l’expérience ne t’ait quand même pas déplu malgré ces nuances ! 🙂

    Plusieurs remarques :
    _ C’est très juste ce que tu dis sur les valeurs japonaises, et la manière dont cela impacte finalement l’histoire. Concernant l’absence de concrétisation des sentiments, et la fin, j’aurais tendance à dire que c’est typiquement japonais en effet. Mais sur ce point, les j-dramas sont très différents par exemple des k-dramas qui eux misent toujours à 100% sur l’émotion et le relationnel. Il n’y a qu’à voir le remake coréen (je ne te le conseille pas car il dénature beaucoup l’original), mais l’amour n’est pas abordé du tout de la même manière. C’est une des raisons pour laquelle certains préfèrent les dramas coréens (ce volet émotionnel) : les shippers s’y retrouvent car ce sont toujours les sentiments qui sont le moteur du récit ; là où, dans un jdrama, les faits et la situation peuvent être plus subis peut-être. (Bon par contre, par rapport à nos moeurs occidentales, la concrétisation de la relation reste LE baiser – sauf sur le câble ^^’)
    Personnellement, j’ai bien aimé cette forme de fatalité qui se noue vers la fin et la sobriété d’ensemble justement. Par contre je suis d’accord sur le fait que la storyline historico-politique et la mort de son ami s’est sans doute trop étirée, pesant un peu sur le rythme. Mais j’apprécie l’approche où, justement, l’individu s’efface derrière le bien commun et le collectif. Je trouve cela rafraîchissant.

    _ Concernant la place des femmes, il y a des améliorations notables ces dernières années, mais il est certain que la féministe aura parfois du mal avec la représentation de la femme dans les séries asiatiques (le pire étant les Lakorns – série thaïlandaise, que je te déconseille fortement). Même si dans ce cas particulier, la série étant historique, je trouve difficile de reprocher à la série de mettre en scène une jeune femme comme Saki : elle fait des choix et a son caractère, mais elle ne poursuit pas son bonheur individuel (différences de valeurs assez
    logiques).

    _ Concernant le jeu des acteurs japonais, le sur-jeu vient de la direction donnée aux acteurs et peut-être du fait qu’il s’agit d’une adaptation de manga. Parce que ce n’est pas quelque chose qui est généralisé à tous les dramas : on le retrouve dans les comédies, certains rôles secondaires dans les drames, mais les japonais sont aussi parfaitement capables de faire dans la sobriété complète. C’est un choix autant qu’une tradition artistique j’ai l’impression.

    Mais je trouve cet exotisme très enrichissant ! Peut-être tenter une série coréenne pour voir les différences.
    Il n’y a pas forcément beaucoup de fantastique là-bas non plus même si la mode des voyages dans le temps fonctionne à plein régime cette année.
    En « SF », le seul notable qui mérite d’être vu – mais c’est un OVNI autant qu’une expérimentation du câble sud-coréen – me semble être Secret Investigaton Record (The Joseon X-Files) http://myteleisrich.hautetfort.com/archive/2010/09/06/pilote-k-drama-secret-investigation-record-x-files-joseon-u.html

    Après pour une autre série japonaise ou coréenne à proposer… quelles seraient tes attentes premières (une histoire d’amour qui se concrétise ^^’? ) ?

  2. Pour les relations amoureuses : oui, tout à fait, c’est déjà le cas dans les mangas et animes que je connais ! Je ne sais pas si les dramas coréens me plairaient davantage, je suis une shipper difficile, je n’aime pas quand c’est trop sirupeux ! En fait je préfèreles histoires d’amour dans les séries quand elles sont mêlées à d’autres genres : SF, enquêtes, historique…ça évite la lassitude (enfin quand les scénaristes savent faire évoluer les choses à leur rythme !) !
    Cependant, les Japonais sont un peu schizophrènes : ils ont un humour qui tournent souvent autour du sexe/des petites culottes ou des seins, et en même temps les relations sentimentales avancent trèèèèèèès lentement pour nous occidentaux !

    Même chez nous, le baiser (bon souvent torride de nos jours !) reste LE symbole de la concrétisation d’une relation, on ne voit pas beaucoup plus qu’une porte qui se ferme sur les networks !
    Je comprends totalement que tu puisse apprécié cette sobriété, ça change des valeurs américaines (je viens de voir les Avengers par exemple) où l’individu prime ! Mais j’aurais quand même aimait que ses proches se souviennent de lui, même s’il n’entre pas dans les livres d’Histoire…
    Oui, les scénaristes tirent vraiment trop sur la code avec cette histoire d’assassinat !

    Ce n’est pas le fait qu’elle soit soumise qui me dérange : comme tu le dit, c’est normal étant donné son époque ! Mais elle est toujours parfaite vis-à-vis du héros : elle se rebelle pour lui, elle ne le traite pas de fou quand il lui dit venir du futur…Elle ne craque jamais devant Jin, ne se met jamais en colère…ça me semble exagéré, même à l’époque de Saki !

    C’est vrai que dans les quelques épisodes de Mother que j’ai vu, les acteurs avaient un jeu sobre…Mes sœurs regardent plutôt des adaptations de manga et des high-school dramas, ça doit être pour ça que j’associe le surjeu au Japon !

    The Joseon X-Files me tentait déjà à l’époque où tu en as parlé, je vais essayé de me procuré les épisodes! Après, je n’aime pas que la SF et le fantastiques, j’ai aussi un faible pour les séries conspirationnistes, les intrigues tortueuses et même les dramas, du moment que j’apprécie certains personnages (c’est pour cette raison que je n’ai pas continué BSG) !

    Merci pour tes conseils et tes informations, c’est vraiment sympa de découvrir des séries si différentes et de sortir de mon confort téléphagique anglo-saxon !

  3. […] Jin : j’ai enfin finie ma première série japonaise en 2012 ! Si j’ai beaucoup aimé les […]

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